Était-ce bien raisonnable ? Le cerveau de l'informaticien...
- Détails
- Créé le lundi 16 mai 2011 08:07
- Écrit par Patrick Piquart
Pour quelques jours je suis intervenu sur une mission « genchi genbutsu ». Ce n'était pas une mission d'organisation, ce n'était pas une mission de conseil, ce n'était pas une mission de pilotage, c'était une mission « terrain ». De l'administration système et réseaux. Une mission d'ingénieur système Unix très précisément.
Un des objectifs de la prestation consistait à implémenter une version du système d'exploitation Unix à partir d'une sauvegarde « exogène ». Évidemment la restauration ne fonctionna pas du premier coup et il me fallut taper et retaper moult lignes de commandes composées de caractères divers et d'options variées. À la treizième ressaisie, j'ai tenté de me souvenir comment rappeler une commande précédemment exécutée. Sans succès. J'ai consulté le manuel en ligne. Sans plus de résultat. Je m'étais donc résigné à ressaisir à chaque fois mes suites ésotériques de signes sur le clavier de ma console. Tant pis pour le rappel et la correction d'une commande déjà exécutée. Tant pis pour la réutilisation d'une ligne de l'historique (que j'arrivais pourtant à consulter).
Et mes mains ont couru sur les touches commande après commande, correction après correction, entrée après entrée. Quand tout à coup, après une nouvelle erreur de frappe, insignifiante certes, mais signifiant l'obligation d'une énième ressaisie complète, la commande fautive est apparue à l'écran ! Comme par magie ! Affichée par une force supérieure ! Ma stupéfaction passée, j'ai contemplé mes mains. Elles reposaient sagement sur le bureau autour du clavier. Innocentes. Je me suis résolu à les interroger.
Moi : - Comment avez-vous réussi « ça » ?
Main droite : - Ce n'est pas moi... C'est main gauche qui a commencé !
Main gauche : - Mais non ! Je n'ai fait que suivre ! Rien d'autre !
En cœur : - Demande au cerveau, c'est lui qui dirige.
Moi : - Cerveau ?
Cerveau : - Un instant. Comme ce n'est ni dans ma mémoire immédiate, ni dans ma mémoire déclarative, ni dans ma mémoire épisodique, il faut que je consulte ma mémoire procédurale...
Moi : - J'attends.
Et la réponse m'est parvenue. Inutilisée depuis des années mais prête à fuser pour peu que mes mains passent en mode automatique et mes actions en mode réflexe. Une réponse toute simple, deux notes à jouer sur le clavier : majeur gauche sur « Échap » puis majeur droit sur « k » ! Une petite mélodie, bien rangée dans ma mémoire, à portée de main. Il suffisait de mettre le doigt dessus...
Depuis, grâce à mon cerveau, je fais le fier : « Alors cette mission d'ingénieur système ? » « Oh, tu sais, Unix, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas... »



