Guillemets
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- Créé le jeudi 3 mars 2011 14:15
- Écrit par Patrick Piquart
Guillemet, troisième et donc dernier volet de cette trilogie typographienne (cf. de Gutenberg à Gainsbourg et Typo & micro chapitre 2).
Un de mes éminents confrères, explorateur rédactionnel de Zanzibar, publie hebdomadairement une lettre d'information particulièrement goûteuse bien qu'orthographiquement incorrecte : « bon ouikend ! ». Celle du vendredi 14 janvier (que vous trouverez reproduite ici même) mettait au défi ses aimables (et moins aimables) lecteurs de découvrir une faute glissée intentionnellement dans le texte. Piqué au vif je me suis fendu d'un réquisitoire en 7 points :
- 1) Ouikend s'écrit week-end depuis 1906 (selon Robert 1906 ; mot angl., de week « semaine » et end « fin ») !
- 2) Une faute à « des fautes d'orthographes » : dans ce cas orthographe ne prend pas de « s ».
- 3) Le code typographique en usage à l'Imprimerie Nationale réprouve formellement l'usage des guillemets machine ["], le guillemet français [« »] étant le seul autorisé (confer également l'excellent cours typographique « de Gutenberg à Gainsbourg » de P.Pi/4).
- 4) D'ailleurs Marguerite Duras qui n'était pas la moitié d'une illettrée n'a-t-elle pas écrit « Seule certitude, c'était un solde soldé » !
- 5) Attention au troisième de ces substantifs qui changent de genre quand ils changent de nombre. Comme sa sonorité, le caractère de l'orgue est très particulier et les orgues ne deviennent féminines que lorsqu'elles ne désignent qu'un seul instrument : par exemple les grandes orgues de Notre-Dame des Champs. En revanche les orgues de toutes les églises de Paris restent masculins (et pareil en province) !!!
- 6) Aux Portes en Ré la pâtisserie se nommait « aux délices rétais ». Mon grand-père n'a jamais pu y entrer : un seul coup d'œil à l'enseigne et il tournait les talons en bougonnant « Réthaises ! Réthaises si délices est au pluriel » (je crois qu'il préférait également la graphie traditionnelle « réthais » au « rétais » sans « h »). Depuis la pâtisserie a changé de nom, c'est maintenant « Le délice Rétais », ce qui reste impropre d'un point de vue typographique : le nom des habitants des régions, des villes, etc. ne prend pas de capitale initiale s'il est utilisé comme adjectif (« bien qu'îlien, l'autochtone rétais est aussi un Charentais ») !
- 7) À bientôt vieillard ingambe !
Par pudeur je tairai les détails de la réponse de ce toujours confrère, mais ex-ami... La semaine suivante (vous voyez, j'ai tu !), la lettre d'information « bon ouikend ! » était malgré tout dans ma boîte aux lettres (que vous trouverez reproduite là même). Le sous-titre en était passé de « explorations rédactionnelles » à « explorations correctionnelles » puisqu'il s'agissait d'apporter la solution au défi proposé. Vous aurez compris qui était l'auteur du billet « du bon usage des guillemets ». En voici le texte complet :
Guillemet, nom masculin. Signe typographique (« ... ») qu'on emploie pour isoler un mot, un groupe de mots, etc., cités, rapportés, ou simplement mis en valeur (Petit Robert).
Il existe plusieurs sortes de guillemets.
Il y a d'abord les Gänsefübchen allemands dont la traduction est « pattes d'oie ». Ils sont faits de deux virgules normales suivies de deux virgules inversées (et non d'une double apostrophe). Il n'y a pas d'espace entre le mot et le signe („n”) !
Ensuite viennent les guillemets français. Eux seuls méritent le nom de « Gänsefübchen ». Ces guillemets inventés en 1677 par un imprimeur nommé Guillaume (d'où guillemet), sont également utilisés en Allemagne, mais pointes tournées vers l'intérieur (» n «). Ils doivent toujours être composés avec une espace.
Les Anglais distinguent les single quotation marks (‘ n ’) et les double quotation marks (“ n ”). Ici aussi ils doivent être composés avec des espaces afin de ne pas être confondus avec des apostrophes.
Finalement viennent les guillemets machines employés durant de nombreuses années dans les bureaux faute de mieux. Non seulement ils ne sont pas beaux, mais ils ne correspondent à rien de connu ici-bas.



